De réels progrès en lecture au début du primaire : Notre défi – renforcer les mathématiques, et la lecture jusqu’à la fin du primaire et au collège (Par Hilaire Hounkpodoté)

Source: Africa Press Organisation – French

Par Hilaire Hounkpodoté, Coordonnateur du Programme d’Analyse des Systèmes Éducatifs de la CONFEMEN (PASEC) (https://Pasec.CONFEMEN.org/)

Dans une classe de 20 élèves en fin de primaire, 15 n’ont pas acquis les compétences minimales en mathématiques. Au collège, seuls 7 élèves sur 20 atteignent le niveau attendu en lecture, et moins de 5 en mathématiques. Un enfant peut ainsi passer neuf ou dix années à l’école sans maîtriser suffisamment la lecture ni le calcul. C’est ce que montre PASEC2024.

Mais cette évaluation apporte aussi une nouvelle encourageante. Parmi les onze pays dont les résultats peuvent être comparés à ceux de 2019, cinq ont nettement progressé en lecture au début du primaire, et aucun n’a reculé. Certains pays tiennent leur trajectoire : ce n’est pas une fatalité.

À la fin du primaire, pourtant, le constat s’inverse : aucun pays ne progresse et sept reculent. L’évaluation n’a pas suivi les mêmes enfants, mais ce contraste soulève une question essentielle : comment préserver les progrès réalisés au début de la scolarité et permettre à chaque enfant d’en bénéficier jusqu’au collège ?

L’Afrique a accompli des efforts considérables pour scolariser davantage d’enfants. Le problème n’est plus l’accès : ces élèves sont à l’école. Mais les gestes les plus élémentaires ne sont pas acquis : au début du primaire, seuls 37% des élèves atteignent le niveau 4 qui correspond au seuil international de maîtrise en lecture ; près d’un enfant sur quatre ne reconnaît aucun mot familier, et plus de quatre élèves sur dix n’atteignent pas le niveau attendu en calcul.

Sans accompagnement précoce, ces lacunes compromettent la suite de la scolarité. Et elles ne se résorbent pas d’elles-mêmes. Au collège, 29 % des élèves ont encore, en lecture, un niveau inférieur à celui attendu à la fin du primaire ; en mathématiques, c’est le cas de 42 % d’entre eux. La rupture se joue pendant le primaire, pas au collège.

Deux matières, deux défis à relever

La lecture et les mathématiques n’appellent pas la même réponse. En mathématiques, le niveau moyen des élèves baisse presque partout. Il faut donc engager une réforme profonde d’ensemble, qui touche les programmes, la formation des enseignants et le temps consacré à cette discipline.

En lecture, les écarts entre élèves sont particulièrement marqués et tiennent d’abord à la langue parlée à la maison : les enfants qui parlent chez eux la langue utilisée à l’école ont 56 points d’avance en lecture. Le choix de la langue dans laquelle les enfants apprennent à lire n’est donc pas une question secondaire. Il est au cœur de l’équité scolaire.

Des conditions d’apprentissage encore trop inégales

Les moyennes nationales masquent l’essentiel : dans un même pays, l’écart entre les 10 % d’élèves les plus forts et les 10 % les plus faibles dépasse l’écart entre les pays. L’équité ne consiste donc pas à distribuer partout les mêmes moyens, mais à cibler les écoles qui en ont le plus besoin, en zone rurale et dans les milieux défavorisés.

Les conditions matérielles d’apprentissage comptent aussi. Au début du primaire, sept élèves sur dix disposent d’un manuel de lecture en classe, mais un sur deux seulement peut l’emporter chez lui. Il ne s’agit pas ici d’un problème de dotation, mais d’une règle de gestion des stocks qui peut changer dès la prochaine rentrée.

Au collège, six élèves sur dix disposent d’un manuel de lecture et à peine plus de cinq sur dix d’un manuel de mathématiques, et plus d’un élève sur deux étudie dans une classe de plus de quarante élèves.

Soutenir les enseignants plutôt que les blâmer

Pour la deuxième fois, le PASEC a évalué les compétences des enseignants du primaire, cette fois dans seize pays. Le résultat est préoccupant : seuls 21 % des enseignants atteignent le niveau 3 correspondant au niveau le plus élevé de l’échelle en mathématiques, ce qui confirme les difficultés déjà observées lors de l’évaluation PASEC2019. Ces lacunes dans la maîtrise de certains contenus mathématiques par les enseignants se retrouvent également chez leurs élèves.

Ce constat ne doit pas conduire à blâmer les enseignants, mais à examiner comment ils sont recrutés et les conditions dans lesquelles ils exercent leur métier. Un sur six n’a reçu aucune formation initiale, un sur quatre n’a bénéficié d’aucune formation continue depuis deux ans, près d’un sur cinq n’est pas payé régulièrement et près d’un sur deux exerce une autre activité pour vivre. Les enseignants les plus précaires se trouvent dans les écoles rurales, là où les besoins sont les plus grands.

On ne peut demander aux enseignants de transmettre des compétences qu’on ne leur a pas appris à enseigner, dans des conditions qui entravent leur travail. Doter les élèves des outils indispensables à leurs apprentissages et investir dans la formation et l’accompagnement des enseignants relèvent du même effet.

Des données pour décider, des engagements pour agir

La publication d’un rapport d’évaluation ne fait pas progresser les apprentissages à elle seule. Sa valeur se mesure aux décisions qu’il permet de prendre. PASEC2024 donne aux États les moyens de mieux comprendre leurs difficultés et de cibler leurs efforts. Trois engagements devraient désormais guider leur action.

Premièrement, faire des apprentissages fondamentaux une priorité budgétaire mesurable. Les États doivent consacrer des ressources identifiables à la lecture, aux mathématiques, à l’accompagnement des enseignants et au soutien des élèves en difficulté, en privilégiant les écoles les plus défavorisées. Un indicateur simple peut aider à piloter cet effort : le coût, dans chaque système éducatif, d’un élève qui atteint effectivement le niveau minimal de compétences. Des pays qui dépensent autant obtiennent des résultats très différents. La question n’est donc pas seulement de savoir combien on dépense, mais ce que cette dépense permet réellement d’accomplir.

Deuxièmement, repérer les difficultés tôt et agir sans attendre. Des évaluations régulières, dès les premières années du primaire et à l’entrée au collège, doivent permettre d’identifier les besoins, d’organiser une remédiation adaptée et de suivre les progrès des élèves. La remédiation ne doit pas être une mesure exceptionnelle, déclenchée lorsque l’échec est déjà installé. Elle doit faire partie du fonctionnement ordinaire de l’école.

Troisièmement, prendre des engagements publics et rendre compte des progrès. Chaque pays devrait se fixer des objectifs nationaux chiffrés en lecture et en mathématiques, les rendre publics et suivre la part d’élèves qui atteignent le seuil de compétences, plutôt qu’une moyenne nationale qui masque les écarts. Au-delà des budgets annoncés et des réformes engagées, c’est leur effet concret sur les apprentissages qui doit compter.

La publication des résultats de PASEC2024 doit ouvrir un temps de décisions : que compte corriger chaque pays ? Quels moyens entend-il mobiliser et comment rendra-t-il compte des progrès accomplis ? L’enjeu n’est pas d’améliorer des classements, mais de donner à chaque enfant les moyens d’apprendre et de poursuivre sa scolarité dans de bonnes conditions.

Aucun enfant ne devrait attendre la fin du primaire, encore moins celle du collège, pour que l’on s’aperçoive qu’il n’a pas appris à lire, à calculer ou à raisonner.

Distribué par APO Group pour CONFEMEN Programme for the Analysis of Education Systems (PASEC).

À propos du PASEC:
Créé en 1991, le Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC) est un instrument de référence au service du pilotage et de l’amélioration des systèmes éducatifs. À travers ses évaluations, il produit des données fiables et comparables pour éclairer les politiques éducatives, renforce les capacités nationales d’évaluation et favorise l’utilisation des résultats ainsi que la recherche en éducation. Après les cycles internationaux de 2014, 2019 et 2024, ce dernier ayant mobilisé 16 pays, le PASEC prépare l’évaluation PASEC2028, poursuivant son engagement en faveur d’une éducation de qualité, équitable et inclusive, conformément à l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4).

Site web : https://Pasec.CONFEMEN.org/

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